De quoi parle-t-on exactement
Le fibrociment amianté a été massivement employé entre les années 1950 et 1990 pour les couvertures d’annexes, de garages, d’appentis et de bâtiments agricoles. Il se présente le plus souvent sous forme de plaques ondulées grises, parfois de plaques planes ou de conduits.
Sur notre secteur, on en rencontre beaucoup : sur les garages des lotissements des années 1960 à 1980, sur les hangars des exploitations encore en activité de la vallée, et sur les annexes du bâti ancien des hameaux.
L’amiante est totalement interdite en France depuis le 1er janvier 1997. Un bâtiment dont le permis de construire a été délivré avant le 1er juillet 1997 peut donc en contenir. Après cette date, non.
Le vrai niveau de risque, sans alarmisme
C’est le point le plus mal traité, dans les deux sens : certains banalisent, d’autres vendent la peur.
La réalité tient en une phrase : le danger vient de la fibre libérée dans l’air, pas de la plaque posée sur un toit.
Une plaque en bon état, non friable, laissée tranquille, ne libère pas de fibres dans des proportions préoccupantes. C’est pour cela qu’aucune obligation générale de retrait ne pèse sur les particuliers.
Le risque apparaît dès que le matériau est agressé :
- découpe à la disqueuse, qui est le geste le plus dangereux de tous ;
- perçage, pour fixer quoi que ce soit ;
- ponçage ou brossage ;
- casse, y compris en marchant dessus, ce qui arrive souvent car ces plaques ne sont pas porteuses ;
- nettoyage haute pression, qui pulvérise la surface dégradée et disperse les fibres partout.
Ce dernier point mérite d’être souligné : passer un nettoyeur haute pression sur une toiture en fibrociment ancien est l’une des pires choses à faire, et c’est pourtant une proposition qu’on entend encore.
Quand il faut agir
Trois situations justifient d’intervenir, par ordre d’urgence décroissante.
Les plaques sont dégradées. Éclatées, effritées, avec des bords qui s’émiettent ou de la mousse qui a désagrégé la surface. Le matériau devient friable, et le risque de libération de fibres augmente réellement. Faites établir un diagnostic.
Vous prévoyez des travaux qui touchent la couverture. Réfection, extension, pose de panneaux, changement de charpente. Le sujet doit être traité avant, pas découvert le jour du chantier.
Vous vendez le bien. Le sujet ressortira, autant l’avoir traité ou au minimum documenté.
En dehors de ces cas, une plaque saine peut rester en place. Surveillez-la, ne la manipulez pas, et n’allez pas marcher dessus.
La procédure, dans l’ordre
1. Le repérage avant travaux
Avant toute opération susceptible de libérer des fibres sur un bâtiment antérieur au 1er juillet 1997, un repérage amiante avant travaux doit être réalisé. Un opérateur certifié prélève et fait analyser. Comptez de l’ordre de 200 à 600 € selon la surface et le nombre de prélèvements.
Une entreprise de couverture sérieuse vous le demandera avant d’intervenir. Si personne ne vous en parle, c’est un signal sur le sérieux du prestataire, pas une bonne nouvelle.
2. La dépose
Elle relève d’une entreprise disposant de la qualification correspondant à la nature de l’intervention. Les plaques sont déposées entières, sans être cassées, conditionnées et évacuées en filière agréée.
Comptez 50 à 120 € du mètre carré, transport et traitement compris. C’est nettement plus cher qu’une dépose ordinaire à 20 ou 30 €, et c’est normal : ce n’est pas le même métier.
3. L’évacuation
Uniquement vers une déchetterie disposant d’un point de collecte amiante, ou via la filière de l’entreprise. Les conditions varient d’une collectivité à l’autre : quantité admise, conditionnement en sacs spécifiques, rendez-vous préalable. Renseignez-vous auprès de votre intercommunalité avant de charger votre remorque.
4. La couverture de remplacement
Sur une annexe ou un bâtiment agricole, le bac acier est la solution la plus fréquente : léger, économique, compatible avec une charpente qui portait des plaques.
Deux vérifications avant de commander : la pente disponible, car chaque couverture a une pente minimale d’emploi, et ce que le document d’urbanisme accepte, en particulier en périmètre protégé ou dans les communes du Parc naturel régional de Chartreuse, où les teintes et les matériaux d’annexes peuvent être encadrés.
Ce qu’il ne faut jamais faire
La liste est courte et elle n’admet pas d’exception :
- ne pas découper une plaque, en particulier à la disqueuse ;
- ne pas percer pour fixer quoi que ce soit ;
- ne pas marcher dessus, ces plaques ne sont pas porteuses et cassent sous le poids d’un adulte ;
- ne pas nettoyer au jet haute pression ;
- ne pas jeter avec les gravats ordinaires ;
- ne pas confier la dépose à une entreprise qui ne mentionne ni repérage ni filière d’évacuation.
Le mot d’un intermédiaire
Nous ne réalisons pas ces travaux et nous n’avons aucun intérêt à les rendre plus impressionnants qu’ils ne sont. La position raisonnable tient en deux phrases.
Une plaque saine sur votre garage n’est pas une urgence sanitaire, et personne ne devrait vous faire signer sous la peur. Mais le jour où vous touchez à cette toiture, la manière de faire n’est pas négociable, et elle a un coût qu’il faut budgéter dès le départ plutôt que découvrir en cours de chantier.